Émission mensuelle du GREMMOS, #7, saison 2025-2026
Radio DIO, 89.5 FM à Saint-Étienne, et sur internet
Mercredi 8 avril 2026 à 18 heures, sans créneaux de rediffusion
Émission à l’antenne chaque 2e mercredi du mois, de septembre à juin, de 18 à 19 heures.
150 ans après… la catastrophe du puits Jabin
Avec Maurice Bedoin, Jean-Paul Gaschignard et Karine Pétel
C’est avec quelques semaines de retard que nous célébrons cet anniversaire, qui est resté quelque peu inaperçu dans l’actualité locale.

Il nous semble intéressant de revenir sur l’événement et ce qui l’entoure pour plusieurs raisons.
Nous assistons à une vraie médiatisation d’une catastrophe intolérable : le 4 février 1876, la mort de 186 mineurs (plus des blessés qui mourront dans les jours suivants) à 366 mètres de profondeur entraîne une émotion qui dépasse la ville de Saint-Étienne et le bassin de la Loire pour atteindre le pays. Les lecteurs parisiens découvrent grâce à la grande presse illustrée l’horreur d’une catastrophe minière. La première explosion dans un puits de mine en France qui dépasse 100 morts, une horreur jamais atteinte. Les récits des journalistes envoyés sur place sont saisissants, certains sont descendus sur la taille, ont vu les victimes renversées au sol, ont assisté à des scènes déchirantes au cimetière, ont retransmis les cris de douleur des familles. Ces récits sont accompagnés de gravures qui renforcent les récits et les rendent encore plus insupportables.
Quand elles surviennent en série les catastrophes deviennent des éléments déclencheurs pour exercer une pression politique sur l’État : en France dans la deuxième moitié du XIX ème siècle, les accidents se multiplient, ils commencent à avoir un retentissement dans l’opinion. Saint-Étienne et le bassin de la Loire sont le lieu de catastrophes de plus en plus fréquentes et de plus en plus meurtrières. La catastrophe du puits Jabin de 1876 a été une réplique encore plus forte que la catastrophe de 1871 qui avait déjà fait 72 morts. En 1876, moment où la République commence à s’installer, la pression s’accentue pour que l’État se préoccupe de la protection du travail dans les mines.

Gravure publiée dans Le Monde illustré, n°983, 12 février, 1876, MMSE FPE1796
Les gravures publiées dans la grande presse illustrée (L’Illustration, Le Monde illustré, L’Univers illustré, Le Voleur…) sont d’une précision unique en matière d’archéologie industrielle, même si les attitudes et les vêtements des personnages sont presque toujours dus à l’imagination des graveurs. Le puits Jabin qui appartenait à la Société des Houillères de Saint-Étienne a été l’objet de gros investissements au milieu du XIX ème siècle pour approfondir le puits. Afin de rentabiliser les travaux, il fallut augmenter les capacités de remontée des berlines, et construire en 1862 un nouveau chevalement. Pour la première fois en France, le choix s’est porté sur un chevalement métallique, de type westphalien. La gravure du Monde illustré le montre fort bien, les poussards sont en tôle de fonte rivetée.
Enfin, comment ne pas souligner qu’actuellement le souvenir des victimes des catastrophes minières retrouve de l’actualité avec le projet d’un mémorial virtuel des mineurs décédés dans les puits de mine de la Loire au cours des XIXème et XXème siècles, à l’initiative de l’association des amis du Musée Couriot ? Il y a plus de 3 900 noms sur la liste au XIX ème siècle, dont 186 mineurs qui ont perdu la vie le 4 février 1876, au puits Jabin…


