La JOC, l’ACO, la Mission ouvrière dans la Loire, de 1927 à nos jours (jeudi 21 avril 2022)

Émission mensuelle du GREMMOS, #7, saison 2021-2022.

Radio DIO, 89.5 FM à Saint-Étienne

Le jeudi 21 avril 2022 à 12 heures, rediffusion le soir même à 19 heures et le lendemain à 8 heures

 

La JOC, l’ACO, la Mission ouvrière dans la Loire, de 1927 à nos jours

Avec Maurice Bedoin et Jean-Michel Steiner

 

L’émission mensuelle du Gremmos est consacrée, en ce mois d’avril, à la question de l’engagement des travailleurs catholiques dans le monde ouvrier. Plus particulièrement, il s’agit d’interroger la dimension missionnaire de cet engagement chrétien dans le lieu même du travail. Cette démarche connaît d’importantes recompositions au cours du XXe siècle. Au cours du siècle précédent, la sécularisation de la société française, renforcée par l’industrialisation et l’urbanisation, et aiguillonnée par le développement de doctrines politiques nouvelles, avait motivé de nombreuses œuvres de charité et d’assistance. Celles-ci, justifiées par une volonté de réaffirmation chrétienne sur les milieux populaires, associaient avant tout les élites sociales et politiques d’un côté, la hiérarchie ecclésiale de l’autre. La reconnaissance d’une doctrine sociale de l’Église, à la suite de l’encyclique Rerum Novarum (1891), ne modifie pas ces principes.

Ces recettes ne fonctionnent plus après la Grande Guerre, face à l’attraction du communisme. Le monde ouvrier devient à nouveau une priorité, ce qu’illustrent deux ouvrages fondateurs : le premier est rédigé par le père jésuite Pierre Lhande, Le Christ dans la banlieue (1927), quand le second, France, pays de mission ? (1943), est le fait des prêtres Henri Godin et Yvan Daniel. Dès lors, des religieux aident les ouvrières et ouvriers chrétiens à développer leurs propres institutions. La Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), introduite en France à partir de 1927, en est une première incarnation. Cette organisation d’action catholique spécialisée, dont chaque section est encadrée spirituellement par un aumônier, prépare des militants chrétiens à même de réformer, par leur action, les mondes du travail. La méthode « Voir, juger, agir » fonde une démarche d’observation et d’analyse des problèmes sociaux. Le congrès fédéral de la JOC organisé à Saint-Étienne en 1936 révèle la dimension potentiellement subversive de cet engagement. La guerre accélère ensuite, sinon un rapprochement, du moins un jeu de séduction mutuelle entre militants chrétiens et communistes, par exemple entre leurs mouvements de jeunesse (JOC et Union de la jeunesse républicaine de France – UJRF), qui prend son tournant le plus spectaculaire lors de la grande grève des mineurs de 1948.

La condamnation sans appel du marxisme par Rome (juillet 1950), interdit ensuite aux catholiques l’adhésion au Parti communiste, ainsi que toute collaboration avec une organisation proche du PC, ce qui inclut en France la CGT. Les militants chrétiens doivent imaginer d’autres démarches. La création de l’Action catholique ouvrière (ACO) en 1950 institue des communautés chrétiennes de travail, cherchant à établir les conditions spirituelles d’une vie ouvrière véritablement chrétienne. Ce qui inclut les moments où éclatent des mouvements sociaux. Les militants de l’ACO contribuent alors à la réflexion sur les causes de conflits du travail, autant que sur les actions à entreprendre pour obtenir une juste solution pour les travailleurs. Cette démarche révèle une tension interne à l’Église catholique, véritable ligne de crête entre, d’une part, la proximité politique entre l’épiscopat et une partie des élites françaises, d’autre part, la nécessaire dénonciation des injustices au travail, directement motivée par l’Évangile.

JOC et ACO contribuent ainsi à l’affirmation d’une identité ouvrière chrétienne, mettant à distance non seulement l’organisation sociale portée par les différentes écoles socialistes et communistes, mais aussi face à un modèle de société associant l’Église à des syndicats (la CFTC – bien que la ligne majoritaire soit contestée, notamment dans la Loire, jusqu’à la scission de 1964) et à des partis politiques (le MRP). Cette opposition bouscule certaines certitudes, la hiérarchie épiscopale prenant parfois le parti des ouvriers face aux patrons ! Deux temps forts sont représentatifs de cette tension : la grève des mineurs de 1963, et celle de l’entreprise Celduc (matériel électrique et électronique, Sorbiers) en 1976.

 

Crédit photographique : Des militants jocistes vendent la revue Jeunesse ouvrière devant la Bourse du Travail de Saint-Étienne, 1968 (source : collection P.G.).

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