
Exposition – La Cour – Chez Pierre ROCHIGNEUX – 1, rue Challemel-Lacour 42000 Saint-Etienne (à proximité du gymnase de Tardy) – Du vendredi 24 avril au vendredi 15 mai 2026.
Ouvert de 14h à 17h les samedis et dimanches ou sur rendez-vous – lacour.expo@gmail.com
Jean-Marc Cerino réunit pour cette exposition à La cour des peintures qu’il a réalisées autour du monde ouvrier : Grève ouvrière, 1919 ; Manifestations des ouvriers des docks, La Valette, Malte, 1959 ; Grève de fin octobre 1948, Pont du clapier, Saint-Étienne ; Mineurs en grève quittant le chantier après avoir cessé le travail, Londres 1912*.
Ce type de peintures, comme le souligne Jean-Christophe Bailly dans La reprise et l’éveil : Essai sur l’œuvre de Jean-Marc Cerino, est peu répandu : « Autant le souligner d’emblée, de tels titres sont rares dans l’art contemporain. En tout cas du côté de la peinture, une histoire de la représentation des usines et du monde ouvrier en général, qui commencerait à l’aube de la révolution industrielle pour s’achever avec les plus récents états de visibilité des forces productives, hormis ce qui s’en est tracé au sein du défunt réalisme socialiste, ne formerait pas un corpus immense. […] C’est avec le présent de l’art immédiatement contemporain que la peinture de Jean-Marc Cerino forme un contraste saisissant ».
Le titre de l’exposition, L’air fut rouge et noir, prend son origine dans deux cartes postales reprises par l’artiste, l’une rouge et l’autre noire, illustrant l’incendie du 5 juin 1905 sur la Place de l’Hôtel-de-Ville de Saint-Étienne, un épisode marquant de l’histoire urbaine d’une ville en pleine expansion industrielle. Le passage de l’incendie au soulèvement semble une évidence. Le soulèvement, comme l’incendie, peut s’embraser soudainement et sous l’effet du vent se propager rapidement.
Lors d’une conférence sur André Breton et la révolution surréaliste – Un drapeau tour à tour rouge et noir – Georges Didi-Huberman précise : « De quelles couleurs sont donc nos soulèvements ? André Breton se pose la question dans Arcane 17. Nos soulèvements sont faits des couleurs que “prend la chance dérisoire” d’exiger de la vie quelque chose d’inespéré. »
Et Jean-Marc Cerino de convoquer les grèves particulièrement dures d’octobre 1948 à Saint-Étienne qui s’inscrivent dans un vaste mouvement national, soutenu par la Confédération générale du travail, et fortement centré sur les bassins miniers. L’artiste a souhaité donner à l’exposition un sous‑titre : La réappropriation de l’histoire passe aussi par la peinture. Cette réappropriation de l’histoire apparaît comme une attitude salvatrice face à l’Histoire telle qu’écrite par les vainqueurs. Elle constitue un geste central, profondément inscrit au cœur même de son œuvre. Dans les notes d’atelier de Jean‑Marc Cerino, on peut d’ailleurs lire des phrases telles que :
-Le rebond se manifeste dans l’ouvert des sens de chaque peinture et dans la façon dont il résonne avec notre présent.
– Questionner notre présent avec des images du passé semble être la seule position éthiquement tenable en art.
– Recourir à des moments du passé, ce serait comme prendre de l’élan afin de démultiplier la puissance d’affirmation dans le présent ; le recours au passé devenant un défi politique à l’adresse du présent.
Le rebond se manifeste donc dans l’ouverture des sens propre à chaque œuvre, mais aussi dans la manière dont ces images viennent heurter, déplacer et interroger notre présent. Dans cette perspective, la peinture de Jean-Marc Cerino ne se limite pas à exhumer des fragments du passé : elle en active la puissance latente, la charge sensible et politique. Elle ne relève pas d’une simple remémoration, mais d’un acte.
Ainsi, le recours à l’histoire ne relève pas d’un regard rétrospectif, mais d’un élan : celui qui permet à ces scènes, chargées de luttes et de tensions, de continuer à agir aujourd’hui. La peinture devient alors le lieu d’un passage où le passé, loin d’être clos, trouve les conditions de sa réactivation dans notre présent.


