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Ce que le Gremmos doit à Daniel Colson (1943-2026)

Le Gremmos apprend avec tristesse la mort de l’un de ses cofondateurs Daniel Colson.

Daniel avait consacré une partie de ses travaux à l’histoire de l’anarcho-syndicalisme, d’entreprises industrielles ou de quartiers ouvriers de Saint-Étienne. Autant de sources d’inspiration et de réflexion pour nous.

Au début des années 2000, nous avions partagé le constat d’une nécessité de réagir face au désintérêt de la recherche universitaire stéphanoise pour l’histoire sociale et particulièrement l’histoire ouvrière. Ainsi avions-nous organisé en 2008 – avec les Archives municipales de Saint-Étienne alors dirigées par Corinne Porte – une première journée d’études consacrée à la violence dans le mouvement ouvrier et à la grève des mineurs de 1948.

De façon informelle – il y tenait beaucoup – sont nées ensuite les premières réunions avec de jeunes chercheurs (Alban…) et jeunes chercheuses (Sophie, Karima, Frédérique, Catherine, Elsa, Laetitia…) sociologues, historiens et historiennes, géographes, archivistes, qui ont peu à peu construit notre association.

Attaché à la question de la préservation des archives des organisations et des acteurs des luttes sociales, à la collecte de témoignages des militants, à la sauvegarde d’une mémoire fragile, Daniel a porté, jusqu’à son départ en retraite, le projet de création du Gremmos.

Nous savons ce que notre association lui doit et nous tenons à lui rendre hommage et à le remercier.

Saluant son action, je tiens à exprimer, au nom de toute l’association, notre sympathie à ses proches et à ses amis.

Jean-Michel STEINER.
Daniel Colson, image extraite du court-métrage documentaire « Le quartier du Marais à Saint-Étienne », GREMMOS, décembre 2011.

Le Gremmos publiera prochainement un état – le plus exhaustif possible – des travaux de Daniel Colson.

Nous nous permettons de reprendre sur notre site l’hommage rendu par ses collègues sociologues du Centre Max Weber. L’universitaire britannique David Berry, spécialiste de l’histoire de l’anarchisme, lui a également consacré une nécrologie en langue anglaise : https://freedomnews.org.uk/2026/01/11/daniel-colson-1943-2026/

 

Hommage à Daniel Colson

Né en 1943, décédé le 9 janvier 2026.

Daniel Colson a marqué la sociologie à Saint-Etienne. Il était également philosophe et historien du monde ouvrier et de l’anarchisme, spécialiste de l’anarcho-syndicalisme. Inscrit en sociologie à Lyon en 1966, il soutient une thèse sur le mouvement ouvrier forézien en 1983.

D’abord enseignant, à partir de 1976, puis Maître de conférences en formation continue à l’Université Jean Monnet Saint-Étienne, il a contribué à ce titre à la formation des travailleurs sociaux et des travailleuses sociales. Il a participé au développement et à l’ancrage de la formation continue avec Maurice Damon et Jean-Pierre Fanget. Cet espace a été un creuset d’intelligence collective et une des fondations du Département de sociologie. Celui-ci a été créé en 2000 par Daniel Colson avec Pascale Pichon et Kader Belbahri avec le soutien fort du CRESAL (aujourd’hui Centre Max Weber) et le soutien de l’université (sous la présidence de Maurice Vincent).

Daniel Colson défendait une vision forte de l’université : la plus grande ambition intellectuelle avec la conviction que chacun peut penser pour agir. Il a permis à de nombreux étudiants et étudiantes en formation continue et initiale d’accéder à des auteurs, de s’autoriser à lire des textes complexes et d’élaborer leur propre réflexion. Ses collègues se souviennent d’un homme généreux, joyeux, chaleureux et désintéressé. Toujours prêt à accompagner les initiatives.

En coopération avec les archives municipales (Corinne Porte, directrice) et Jean-Michel Steiner (historien) et en lien avec les acteurs et actrices du monde ouvrier, ils ont créé le Groupe de recherche et d’étude sur les mémoires du monde ouvrier stéphanois (GREMMOS) en avril 2008. Ils ont ainsi initié une dynamique essentielle pour l’histoire et les mémoires des mondes sociaux ligériens.

Ces publications restent d’une grande actualité, on peut citer notamment :

  • Anarcho-syndicalisme et Communisme. Saint-Étienne 1920-1925, préface de Pierre Ansart, Saint-Étienne, Centre d’études foréziennes/Atelier de Création Libertaire, 1986, 222 p. (ouvrage issu de sa thèse) ;

  • La Compagnie des fonderies, forges et aciéries de Saint-Étienne (1865-1914) : autonomie et subjectivité techniques, Saint-Étienne, Publications de l’université de Saint-Étienne, 1998, 290 p. ;

  • Petit lexique philosophique de l’anarchisme de Proudhon à Deleuze, Paris, Le Livre de poche, 2001, 378 p. ;

  • Trois essais de philosophie anarchiste : Islam, histoire, monadologie, Paris, Léo Scheer, 2004, 368 p. ;

  • Proudhon et l’anarchie, Lyon, Atelier de création libertaire, mars 2017, 187 p.

 

Daniel Colson et Jacques Roux (de dos), image extraite de « Le quartier du Marais à Saint-Étienne », court-métrage documentaire du GREMMOS, décembre 2011.

 

Pour finir, nous citerons Daniel dans le texte, dans ce qui constitue, sans doute, l’un des points de départ du Gremmos.

 

« Comment comprendre, dans la multiplication actuelle des opérations mémorielles, l’indifférence relative vis-à-vis du passé ouvrier ? Comment comprendre, puisque nous sommes à Saint-Étienne, un des hauts lieux de l’histoire ouvrière, la relative impuissance où nous sommes d’en rendre compte et d’en répéter la signification ? Répondre à ces questions supposerait sans doute, entre autre chose, d’engager une étude approfondie des mécanismes communs aux entreprises de patrimonialisation, de la logique d’ensemble de leur déploiement, à l’échelle nationale comme à l’échelle locale, et ainsi de mettre en évidence l’agencement […] qui leur donne corps et qui définit leur capacité à rendre compte du passé.

[…] à l’échelle de la France, et pour ne s’en tenir qu’à celle-ci, le bassin stéphanois comme, d’une autre façon, la région de Roanne, présente l’originalité d’être un des sites qui possède le plus de traces et de vestiges de ce monde ou de cette civilisation engloutie que constitue l’histoire ouvrière. À défaut d’être capable d’en saisir le sens, non par manque d’intelligence bien sûr, mais en raison de la nature du miroir qu’elles tendent vers le passé, les entreprises de patrimonialisation pourraient tout au moins s’inquiéter d’une perte et de destructions qui risquent d’être irréversibles. Je pense aux archives et à leur dispersion, mais aussi aux monuments et à l’architecture, à la grande salle de la Bourse du travail de Saint-Étienne par exemple, ou encore au bâtiment même de ce haut lieu de l’histoire ouvrière stéphanoise, dont l’avenir comme monument est, sinon menacé, tout au moins extrêmement incertain. Sans signification présente, et donc imperceptible, l’histoire ouvrière du bassin peut tout au moins, dans l’urgence, autoriser une sorte d’archéologie de sauvegarde dont même les sociétés d’autoroute, au-delà des contraintes légales, parviennent parfois à saisir le sens ».


Daniel Colson, « Les espaces ouvriers et populaires ligériens. Un vivier de militants », dans Didier Nourrisson et Jean-François Brun (éd.), Histoire contemporaine et patrimoine : la Loire, un département en quête de son identité, actes du colloque organisé par le CERHI, Saint-Étienne, 24 et 25 novembre 2005, Saint-Étienne, Publications de l’université de Saint-Étienne, collection Travaux du CERHI, volume 8, 2008, p. 269-273.

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