La Sainte-Barbe à La Talaudière

Exploitées officiellement entre 1825 et 1968, les mines de la Chazotte sont à l’origine de la création de la ville de La Talaudière[1]. Ainsi, les traditions liées à l’activité minière y sont très ancrées, en particulier le culte de Sainte-Barbe. Les mineurs l’ont adoptée pour assurer leur protection contre les coups de grisou et le 4 décembre a longtemps constitué un temps fort dans la vie communale.

 

Statue de Sainte Barbe, La Talaudière. Archives de la Maison du Patrimoine et de la Mesure.

Le 4 décembre, jour de Sainte-Barbe : une tradition festive

À l’époque où l’extraction minière était en activité à la Chazotte, cette journée était chômée pour les mineurs mais payée. Les mineurs percevaient le matin leur paie du jour, « les étrennes », très souvent dépensée au café pour partager un temps convivial durant lequel les mineurs buvaient le vin blanc et mangeaient la salade de pieds. Les bistrots étaient bondés et devaient embaucher du personnel. C’était un jour de grande fête. Les « boîtes », sorte de mortier en bronze rempli de poudre noire que l’on faisait claquer à l’aide d’un long piquefeu rougi, claquaient en plusieurs circonstances : la veille de la fête quand le directeur arrivait à son bureau, à chaque heure de la matinée, au passage du défilé, à l’élévation pendant l’office religieux et à la sortie de la messe.

 

Rue Évrard, La Talaudière, 1966. Archives de la Maison du Patrimoine et de la Mesure

Le matin, un défilé composé de l’Harmonie de la Chazotte, des ingénieurs, des apprentis en costume et des mineurs, partait des bureaux de la Compagnie des mines et se rendait à l’église. À La Talaudière, la statue de Sainte-Barbe n’était pas portée par les mineurs comme cela pouvait se faire dans d’autres communes comme à Roche-la-Molière ou à Saint-Étienne.

Durant l’office religieux, le prêtre bénissait les brioches, qui étaient ensuite distribuées et partagées lors d’un vin d’honneur. À cette occasion, le directeur prononçait un discours suivi de la remise des médailles du travail. Cette manifestation se déroulait à la salle Jeanne d’Arc puis, à partir de 1945, à la Salle de la Piscine.

Les mineurs terminaient ensuite cette journée en famille autour d’un repas de fête. Les logements étant modestes, la chambre était transformée, pour l’occasion, en salle à manger afin de recevoir la famille et les amis.

La Sainte-Barbe de 1966 fût la dernière où le cortège défila dans les rues de La Talaudière.

 

L’Harmonie de la Chazotte, rue Évrard, La Talaudière, 1966. Archives de la Maison du Patrimoine et de la Mesure
Remise des médailles du travail aux Houillères du bassin de la Loire, 1966. Archives de la Maison du Patrimoine et de la Mesure

 

Des médaillés du travail lors du vin d’honneur à la salle de la piscine – 1966 – archives MPM

Sainte-Barbe vue par un mineur de La Chazotte

Louis Baury et Jean Chapuis[2] entrent dans l’église de La Talaudière pour la cérémonie religieuse – 2013 – Archives personnelles de Louis Baury
Louis Baury fût mineur aux mines de la Chazotte jusqu’à leurs fermetures. Il participa en janvier 1968 à la dernière remontée. Il raconte qu’au puits Lacroix où il exerça, au pied de la cage, dans la galerie, se trouvait une petite niche grillagée qui abritait une statue de Sainte-Barbe. Les mineurs apportaient régulièrement un bouquet de fleurs des champs, en témoignage de leur l’attachement à leur patronne.

Lors d’un entretien mené en 2016, il rapporte avec émotion : « je porte (toujours la Sainte-Barbe) le 4 décembre à Saint-Étienne en souvenir de mes copains mineurs vivants et défunts ».

 

 

 

 

1942 : une Sainte-Barbe particulière

Le cardinal Gerlier bénissant les pains d’épices en remplacements des traditionnelles brioches – 1942 – archives MPM

 

Henri Delorme fait mention, lors d’un entretien réalisé en 2016 à la Maison du Patrimoine, d’une Sainte-Barbe qui marqua les esprits. Voici ses propos : « Cette année-là (en 1942), plusieurs accidents graves causèrent de nombreux décès. Afin de rendre hommage à ces mineurs décédés, le cardinal Gerlier vint de Lyon pour célébrer la messe de Sainte-Barbe. Aux vues des restrictions alimentaires, il ne fût pas possible de distribuer les brioches à la population. Elles furent remplacées par de petits pains d’épices ».

 

 

 

 

La tradition de Sainte-Barbe se perpétue encore aujourd’hui dans certaines communes du territoire stéphanois en hommage aux mineurs, à leur travail et à leur courage. D’anciens mineurs ont à cœur de transmettre et partager leur histoire et celle des mines afin que ce pan d’histoire ouvrière continue à vivre dans les mémoires.

 

Karine Pétel

 

Sources :

– Archives de la Maison du Patrimoine et de la Mesure (La Talaudière) sur les mines de la Chazotte

– Louis Drevet et Henri Delorme, Les mines de la Chazotte, La Talaudière, commission Archives et Patrimoine, 1995, 48 p.

– Témoignage d’Henri Delorme, recueilli le 04/12/2016

– Témoignage de Jean Fontanay, recueilli le 04/12/2016

– Témoignage de Louis Baury, recueilli le 04/12/2016

Iconographie :

– Photos historiques : fonds d’archives de la Maison du Patrimoine et de la Mesure (La Talaudière)

– Archives personnelles de Louis Baury

Liens connexes :

– Site de la Maison du Patrimoine et de la Mesure : https://www.mairie-la-talaudiere.fr/musee/

– Notice de Jean Chapuis, rédigée par Jean-Michel Steiner pour le Dictionnaire biographique Mouvement ouvrier Mouvement social MAITRON : https://maitron.fr/spip.php?article23371

 

[1] Toutes les inventions et modernisations apportées par l’ingénieur des Mines Maximilien Évrard au milieu du XIXème siècle, ont provoqué une expansion formidable ainsi qu’un dynamisme nouveau sur le territoire des mines de la Chazotte : celles-ci ont pris une envergure nouvelle, de par la hausse de la production qui a nécessité l’emploi d’une main d’œuvre plus importante. Et pour être sur son lieu de travail, ce personnel est installé sur le territoire même de la mine, dans le petit bourg de la Talaudière. Ainsi l’activité des mines de la Chazotte a directement conduit à la constitution d’un nouveau village, qui sera officiellement élevé au rang de commune en 1872.

[2] Jean Chapuis fût délégué-mineur à la Chazotte (Jean-Michel Steiner, « CHAPUIS Jean, dit Pintaud », Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier mouvement social MAITRON [en ligne], 2020).

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